Fondements scientifiques de la thérapie locomotrice

Mécanisme physique

Le principe de la thérapie locomotrice / thérapie sur tapis roulant est basé sur la plasticité du système nerveux central (SNC) et sur le mécanisme physique de la commande de la marche neurologique. Plasticité corticale veut dire capacité du cortex moteur de modifier les circuits de neurones et les cartes de représentation, changer la morphologie des synapses ou encore modifier les trajectoires axonales.1 Ces changements peuvent être conduits par des traitements fonctionnels ou par l´expérience.

Les circuits de commande neurale (réseau d´inter – neurones), définis comme « générateur de schéma central » (CPG) sont capables d´activer les muscles de la jambe d´appui ainsi que de la jambe pendulaire, indépendamment du contrôle cortical. Par conséquent les CPG contrôlent la démarche neurale.

Les impulsions partant des récepteurs mécaniques (pression/charge) dans la plante du pied ainsi que les impulsions de l´extension et de la pression répondent aux fuseaux neuro-musculaires, récepteurs des articulations et des tendons de l´articulation de la hanche, et initialisent le schéma de marche ou programme locomoteur. Les impulsions sont transmises de manière efférente par les fibres nerveuses sensorielles, générées par les CPG de la colonne vertébrale et l´activité correspondante est transmise à travers les fibres nerveuses du muscle. L´intensité et le séquençage temporel de l´activation musculaire peuvent être mesurées et graphiquement représentés par l´éléctromyographie (EMG).

Il est essentiel pour l´activation des muscles appropriés à la marche d´initier à la fois la charge sur la plante du pied et les influx afférents des la région de la hanche. À l´aide d´un harnais de suspension et de charge partielle, même les patients sans la capacité de se tenir seuls debout sont capables d´activer les récepteurs mécaniques de la plante des pieds. En même temps, la surface du tapis roulant en mouvement provoque une extension de la région de la hanche sur la jambe d´appui. L´activation des récepteurs associés lance le programme locomoteur.

Efficacité

L´exercice sur le tapis roulant améliore à la fois l´intensité et la coordination des activations musculaires requises dans le cas de lésion incomplète de la moelle épinière.2, 3, 4, 5 Dans les cas de lésion médullaire complète, l´efficacité de l´exercice était trop marginale pour obtenir une amélioration significative de l´amplitude EMG dans le mouvement de la démarche autonome.

Chez les patients ayant une déficience motrice suite à un accident vasculaire cérébral ou à un traumatisme crânien, la faculté de la démarche autonome peut être atteinte plutôt avec l´entraînement sur le tapis roulant qu´avec les traitements de kinésithérapie traditionnelle. 6, 7

Chez les patients avec hémiparésie les deux cours du mouvement et la symétrie de la démarche ainsi que la durée de la phase d´appui sont améliorées par l´entraînement sur le tapis roulant.8 L´exercice sur tapis roulant a également prouvé une amélioration du rythme de la marche9.

Progrès

Chez les patients gravement atteints, la thérapie traditionnelle sur tapis roulant impose au kinésithérapeute un effort physique en ce qui concerne le guidage des jambes du patient. Cela entraîne souvent des plaintes de maux de dos, dus au fait que le thérapeute se retrouve constamment accroupi ou dans une posture tordue. En raison de la position inconfortable, les kinésithérapeutes ne sont pas en mesure d´effectuer des traitements à la suite.

Les essais prouvent que les exercices fréquents et répétés des cycles de locomotion conduisent à une amélioration de la faculté de marche.

L´entraîneur de marche LokoHelp a été élaboré pour guider automatiquement les pieds du patient et cet appareil s´avère bénéfique autant pour le patient que pour le kinésithérapeute. LokoHelp simule la capacité naturelle de locomotion en guidant les pieds du patient et en permettant ainsi de moduler la durée de la phase d´appui et de la phase pendulaire. La conception du LokoHelp facilite un mouvement de roulement habituel et une charge appropriée. Puisque l´équilibre et la tenue joue également un rôle dans le programme locomoteur, le thérapeute doit veiller à l´installation correcte du centre de gravité et à l´essieu d´étirement des genoux.

Un essai clinique achevé compare l´efficacité du Lokohelp avec l´entrainement sur tapis roulant traditionnel en focalisant le contrôle de la posture du patient ainsi que l´effort thérapeutique. L´étude montre clairement des résultats positifs en faveur de LokoHelp. Récemment, il a été démontré qu´en ce qui concerne le recouvrement de la faculté de marche et d´autres paramètres fonctionnels des patients ayant subi une AVC, l´application de la thérapie locomotrice avec LokoHelp et assistance d´un kinésithérapeute est nettement plus efficace que le traitement thérapeutique habituel sur la même durée.10, 11

Il est probable que les résultats positifs de l´exercice avec l´entraîneur de marche sont causalement redevables à la plus grande intensité d´entraînement.

Sources:

1. Nudo RJ Plasticity NeuroRx. 2006;3(4):420-7 Abrégé
2. Dietz V, Harkema SJ. Locomotor activity in spinal cord-injured persons. J Appl Physiol. 2004 May;96(5):1954-60.
Abstract
3. Harris-Love ML, Macko RF, Whitall J, Forrester LW. Improved hemiparetic muscle activation in treadmill versus overground walking. Neurorehabil Neural Repair. 2004;18(3):154-60.
Abrégé
4. Wernig A, Muller S, Nanassy A, Cagol E. Laufband therapy based on 'rules of spinal locomotion' is effective in spinal cord injured persons. Eur J Neurosci. 1995;1,7(4):823-9.
Abrégé
5. Wernig A, Nanassy A, Muller S. Laufband (treadmill) therapy in incomplete paraplegia and tetraplegia. J Neurotrauma. 1999;16(8):719-26.
Abrégé
6. Eich HJ, Mach H, Werner C, Hesse S. Aerobic treadmill plus Bobath walking training improves walking in subacute stroke: a randomized controlled trial. Clinical Rehabilitation 2004;18:640– 651.
Abrégé
7. Hesse S, Bertelt C, Schaffrin A, Malezic M, Mauritz KH: Treadmill training with partial body weight support as compared to physiotherapy in non-ambulatory hemiparetic patients, Stroke. 1995; 26: 976-981
Abrégé
8. Chen G, Patten C, Kothari DH, Zajac FE. Gait deviations associated with post-stroke hemiparesis: improvement during treadmill walking using weight support, speed, support stiffness, and handrail hold.
Gait Posture. 2005 Aug;22(1):57-62. Abrégé
9. Pohl M, Werner C, Holzgraefe M, Kroczek G, Wingendorf I, Hoolig G, Koch R, HesseS. Repetitive locomotor training and physiotherapy improve walking and basic activities of daily living after stroke: a single-blind, randomized multicentre trial. Clin Rehabil. 2007;21(1):17-27 Abrégé
10. Pohl, M. et al. Speed-Dependent treadmill training in ambulatory hemiparetic stroke patients. Stroke, 2002;33;553-558
Abrégé
11. Tong RK, Ng MF, Li LS. Effectiveness of gait training using an electromechanical gait trainer, with and without functional electric stimulation, in subacute stroke: a randomised controlled trial. Arch Phys Med Rehabil. 2006;87(10):1298-304
Abrégé
12. Freivogel S, Mehrholz J, Husak-Sotomayor T, Schmalohr D: Gait training with the newly developed ‚LokoHelp’-system is feasible for non-ambulatory patients after stroke, spinal cord and brain injury.
Brain Injury, July 2008; 22(7-8): 625-632 Abrégé